Vie de l’AFAH

LES RENDEZ-VOUS 2019 DE L’AFAH

 

Rencontre écriture au Moulin de Mousseau

 

Photo Francis Mougeot

L’Assemblée générale de l’AFAH s’est déroulée au cours de la matinée du 17 mars 2019 à Montbouy, au Moulin de Mousseau (Loiret). Les orientations générales de l’AFAH ont été reconduites : périodicité de L’écho de l’étroit chemin notamment et coût de l’adhésion à 12 € (ou 13 € par Paypal). Le compte rendu détaillé de l’A. G. est visible sur le site AFAH, désormais mis à jour par Blandine Delcluze : nous lui souhaitons la bienvenue parmi nous. Site AFAH : http://association-francophone-haibun.com/

Plusieurs adhérents et adhérentes ont choisi de participer au week-end écriture organisé à cette occasion, du 15 au 17 mars. L’accueil exceptionnel de notre hôte Marie Boube (gîte et couvert), le cadre pittoresque du moulin et l’intérêt des environs (Rogny-Les-Sept-Écluses, Briare, Pont-Canal) ont été source d’inspiration pour la rédaction de haïbuns à une voix ou liés (à plusieurs), de renkus et haïkus. Le séjour s’est déroulé dans la bonne humeur générale.

Compte rendu de l’atelier haïbun : A lire sur L’écho de l’étroit chemin n° 28, mai 2019.

 

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Atelier renku de Mousseau

 

RENKUS LIBRES

Participants : Meriem Fresson, Chantal Sonnic-Pilate, Germain Rehlinger, Monique Leroux Serres, Claudine Roux, Danièle Duteil, Philippe Gaillard, Michel Duteil, Annick Dandeville.

Le renku (renga dans sa version première et classique) réunit plusieurs poètes qui écrivent en chaîne, alternant des versets de 5/7/5 syllabes et de 7/7 syllabes, les seconds répondant aux premiers. NB. Le rythme peut être beaucoup plus libre.

Chaque verset lié au précédent est très intuitif. Il repose sur un déplacement du sens, du lieu, du point de vue… La répétition de mots n’est pas permise.

Le renku constitue une véritable mosaïque d’expériences humaines. Normalement il obéit à des règles précises, mais ici les poètes ont écrit de manière très spontanée.

Le/la sabakite est la personne qui dirige le renku. Il lui revient d’apprécier la qualité des enchaînements et le respect de la consigne. Il/elle peut tout à fait apporter, à la relecture, des modifications et même réécrire un ou plusieurs versets.

KASEN est le nom que porte un renku comptant 36 versets.

  

RENKU 1

Au portail de l’hôte

sur la joue de l’enfant

la truffe du chien (Meriem)

 

La rivière sous la maison

s’obstine à vivre sa vie (Chantal)

 

L’animal sent mauvais

mais toi la jacinthe bleue

sa langue chaude (Choupie)

 

Et toutes ces fleurs dont

je ne connais pas le nom (Germain)

 

Sur l’église de Briare

plus beaux que les archanges

les bouquets mosaïques (Monique)

 

Dans la lumière jaune du soir

Vénus est au rendez-vous (Claudine)

 

Trois heures à attendre

au bistrot de la gaîté

sans même un appel (Danièle)

 

Il est temps de jeter l’ancre

adieu à la belle Orientale (Philippe)

 

Sur le chemin

en pensant à elle cueillir

une brassée d’églantines (Michel)

 

J’enlèverai les épines

pour ne pas blesser tes doigts (Annick)

 

Sous son pouce

file et file la laine

est-ce un rossignol ? (Meriem)

 

Pourquoi ces épouvantails

férocement alignés ? (Chantal)

 

Sur les tesselles

la vague frangée d’Hokusaï

le houx sous les pieds (Chantal)

 

Sur l’étang un radeau

la méduse et sa corde (Germain)

 

Si limpide le ciel

dans le marronnier

embarquer… (Monique)

 

Bateau ivre où va-t-il ?

tant de ports sont possibles (Claudine)

 

Le pêcheur furieux

dans son filet que des algues

et un sac plastique (Danièle)

 

Les prises miraculeuses

ne sont plus ce qu’elles étaient (Philippe)

 

Dans les mailles lourdes

la saisie malheureuse

d’espèces protégées (Michel)

 

Entends le chant des baleines

quand le monde devient sourd (Annick)

 

Nuit étoilée

qu’a-t-il fait de son oreille

Vincent ? (Meriem)

 

Il l’a perdue en forêt

lors d’un déjeuner champêtre (Chantal)

 

Dans l’herbe

un cercle plus vert celui

des haïjins disparus ? (Germain)

 

Gauguin fait la gueule

les tournesols l’ignorent (Choupie)

 

Le goût de l’absinthe

les papillons sur la nappe

sont-ils réels ? (Monique)

 

Un alcool très efficace

tous les insectes s’envolent (Philippe)

 

Table couverte de miettes

les convives ont quitté la salle

j’astique les meubles (Claudine)

 

Si grand-mère savait à quoi sert

son jupon bordé de dentelle (Danièle)

 

Dimanche de fête

sortir chemise et nœud pap

pour faire le beau (Michel)

 

Le sage montre la lune

le sot regarde le doigt (Annick)

 

Rotation des planètes

la voix de la rose

sous sa cloche (Meriem)

 

Pourquoi un moulin sans ailes

et prendre un arbre dans ses bras ? (Chantal)

 

La Dame de Cœur

attend le valet trop tard

le roi fait dix de der (Choupie)

 

Sur les ailes du désir

un ange prend de la hauteur (Germain)

 

La vallée s’endort

sous les étoiles neuves

cheveux déployés (Monique)

 

Sur le flanc gauche de Youpi

la main de l’enfant s’attarde (Claudine)

 

 

RENKU 2

Dans l’arbre

un chemisier sur un cintre

toute une histoire (Germain)

 

Sieste d’un jour d’été

le chien chasse les mouches (Monique)

 

Chaleur étouffante

la famille part en vacances

demain – rien n’est prêt (Claudine)

 

Sur ses épaules dénudées

les marques de son maillot (Danièle)

 

Sur la plage

il marche dans le sable et rêve

de sports d’hiver (Philippe)

 

Nuit de criquets

demain sera jour de pêche (Michel)

 

La vague déferle

dans un bruit assourdissant

l’horizon s’allume (Annick)

 

sur le bitume irradié

ambulances pompiers taxis (Meriem)

 

Du bord du canal

l’envol d’un héron cendré

les roseaux frémissent (Chantal)

 

Reliefs d’îlots acides

la verdeur printanière (Choupie)

 

Tronc creux

pas de Vierge

dans la niche (Germain)

 

Il dépose des noisettes

pour le pèlerin de passage (Danièle)

 

Retour du canal

l’odeur de la paëlla

entre deux haïkus (Monique)

 

Souvenirs de plats d’Espagne

de vacances presque oubliées (Claudine)

 

Premier paso doble

sur le plancher rutilant

un fruit écrasé (Danièle)

 

Départ pour l’Argentine

c’est le tango qui l’emporte (Philippe)

 

Remonter vers Memphis

pour écouter aussi

le vieux rock’n roll (Michel)

 

Pas besoin de feuilles mortes

pour retrouver ses quinze ans (Annick)

 

Bord de piscine

quelques iris sur l’eau

elle ne veut pas mourir (Meriem)

 

avant d’avoir vu Palerme

Agrigente et Syracuse (Chantal)

 

Et puis dans l’aigu

entonner mi amore

ta peau sous la douche (Choupie)

 

Les bulles beaucoup plus grosses

avec le savon de Marseille (Danièle)

 

La nageuse émerge

un oiseau chante

quelque part (Monique)

 

Des mousses sur la pierre grise

cartographie végétale (Chantal)

 

Tarmac éclairé

nous ne partirons pas

revenir demain (Claudine)

 

Boeing dans la tourmente

les 737 cloués au sol (Michel)

 

Aéroport en folie

un passager braille

ça plane pour moi (Philippe)

 

Nirvana ou noctambule

le nom des thés sur la carte (Annick)

 

Du doigt je lis

les contours des continents

matins du monde (Meriem)

 

Sa vue de plus en plus floue

ce n’est qu’un peu de fatigue (Danièle)

 

Suivre les flèches

trois tours dans ses chausses

nase en l’air (Choupie)

 

Pas plus fou qu’un « stage

pauvreté » pour nos élus (Germain)

 

Une cane

et trois canards

bataille rangée (Monique)

 

Un caneton à l’orange

bientôt le festin de Noël (Claudine)

 

De drôles de loustics

à la fête du quartier

rue des Basses-Fosses (Danièle)

 

Le bijoutier du secteur

n’est vraiment pas à la noce (Philippe)

 

En sautant de l’arbre

Tarzan en pleurs y a laissé

ses bijoux de famille (Michel)

 

Depuis sa Jane adorée

se lamente sous les ponts (Danièle)

 

 

RENKU 3

Un arbre abattu

offre un banc gigantesque

premiers invités (Danièle)

 

Le plaisir de s’asseoir

comme s’allonge la rivière (Philippe)

 

L’eau court

au ras des berges

fin de l’hiver (Michel)

 

Tous alignés sous le fil

hirondelles au-dessus(Annick)

 

Sur l’immense lac

l’un après l’autre

les canadairs (Meriem)

 

Et derrière le rideau d’arbres

la rencontre de deux lunes (Chantal)

 

Froid du soir

oh ! caresser l’alpaga

mieux que la girafe (Choupie)

 

Tels ces bambous si petits

mais redoutables à peindre (Germain)

 

L’amoureux

taquine la bien-aimée

avec ses pinceaux (Monique)

 

Frissons – sans se retourner

elle s’enfonce dans la forêt (Claudine)

 

Un courant d’air

dans le salon de ses hôtes

des tankas s’envolent (Danièle)

 

Le couple d’astres cachés

en est tout retourné (Philippe)

 

Pink Floyd

Dark side of the moon

mis à jour (Michel)

 

Heure d’été ou d’hiver

marcher dans l’herbe neuve (Annick)

 

Un jour si limpide

que le dernier moineau prépare

son décollage (Meriem)

 

Non loin du moulin moussu

où le ruisseau se divise (Chantal)

 

Horizon saumon

remonter l’escalier

flambeaux aubépines (Choupie)

 

Sept écluses dans le contre-jour

mécanisme de Léonard (Germain)

 

Le bleu du ciel

en fait l’obscurité

lu dans le journal (Monique)

 

Au clair de tes yeux Pierrot

je cherche l’inspiration (Claudine)

 

En sortie de ville

elle souffle dans le ballon

éblouissements (Danièle)

 

Son breuvage étant au cointreau

l’a fait planer un moment (Philippe)

 

Soleil de printemps

les volatiles se courtisent

sur le pont canal (Annick)

 

Abonné à canal +

choisir entre film et foot (Michel)

 

Clameurs au comptoir

sur la banquette du fond

leurs cafés serrés (Meriem)

 

C’est l’heure du cadavre exquis

et des délires d’opiomanes ((Chantal)

 

Les sauterelles

craquent sous la dent

la fumée en volutes (Choupie)

 

Et une fois de plus il joua

à la roulette russe (Germain)

 

Encore un faux pas

la musique s’arrête

les valseurs aussi (Monique)

 

Place au silence dans le hall

l’ahuri sur son séant (Claudine)

 

Quelqu’un frappe

un clou pour l’enfoncer

sacré bricoleur ! (Danièle)

 

Albertine disparue

je la soupçonnais encore (Philippe)

 

Où est-elle allée ?

même l’ombre de son ombre

s’est évaporée (Annick)

 

Petit matin frisquet

la brume efface la route (Michel)

 

Quelques petits cailloux

à mon chapeau s’ajoute

une plume (Meriem)

 

Demain nous partirons tous

entendre la forêt qui marche (Chantal)

CR : Danièle DUTEIL